Ma GRS - Récit de ma vaginoplastie

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Mercredi 26/11/2003 (J+2)

Retour dans ma chambre. Mais je n'arrive toujours pas à dormir tant ma position est inconfortable.

9 h

Enfin, je retourne dans ma chambre. Adieu tensiomètre, électrocardiographe, oxymètre. Je ne garde que ma perfusion au cou et mon appareillage à l'entrejambes (réservoir à urine, drains, cathéter, pansements et protège-matelas imbibé de sang).

J'appelle rapidement mes parents pour les rassurer.

10 h-11 h

Je descends (couchée dans mon lit) au niveau du bloc opératoire, dans une salle de soins équipée d'une chaise gynécologique. Je me lève, pour la première fois après l'opération, aidée des infirmières pour m'asseoir dans la chaise gynécologique. J'ai l'impression de peser 150 kg et je ressens une sérieuse chute de tension.

Frau Dr. Spehr change mes pansements, inspecte mon néo-vagin, me le montre à l'aide d'un miroir (je réagis peu, mais je trouve la chose réussie autant qu'étrange car c'est la première fois), et cautérise quelques plaies qui ont du mal à cicatriser.

La cautérisation (à l'aide d'une pince électrique) est assez douloureuse mais supportable.

Frau Dr. Spehr se montre assez autoritaire et froide. Ses gestes sont rapides et précis. Je n'ai pas le droit de lever la tête car cela perturbe la procédure et la mise en place des nouveaux pansements. Lorsque je le fais, sans trop y penser à deux reprises, Frau Dr. Spehr me plaque rapidement et violemment ma tête sur le dossier de la chaise gynécologique.

Frau Dr. Spehr m'enlève les drains. C'est peu douloureux mais réellement très désagréable. J'ai l'impression que deux serpents traversent mon ventre, et les tuyaux une fois retirés, Frau Dr. Spehr appuie sur mon ventre et éponge une belle quantité de sang qui sort des 2 orifices passaient les drains. Les drains et les deux bouteilles de sang qui les accompagnent partent à la poubelle. Bon débarras.

Elle me change ensuite mon cathéter Foley placé dans l'urètre. La sensation, pourtant bizarre, ne me surprend pas (j'en avais déja fait l'expérience :-). En revanche, la rapidité avec laquelle Frau Dr. Spehr m'insère un nouveau cathéter propre dans l'urètre est déconcertante. Je ne pensais pas qu'il était possible d'aller aussi vite sans rien endommager.

Ainsi nettoyée, avec des bandages tout neufs, je retourne dans mon lit et on me ramène dans ma chambre.

Progressivement, j'ai le droit de boire de la tisane, de la tisane sucrée, du bouillon.

J'appelle mes parents, ainsi que Cornelia pour leur dire que tout s'est bien passé, malgré le stress.

13h15

On me change la compresse ensanglantée que j'ai entre les jambes (le sang provient de l'intérieur de mon néo-vagin, à travers le tuyau du stent).
Je fais le bilan des appareillages que je porte : J'ai un branchement de perfusion inutilisé à la main gauche, une perfusion dans le cou, un pansement qui ressemble à une couche culotte, un cathéter Foley qui sort de ce pansement et traverse mon urètre, le stent bien évidemment, et la sonde urinaire piquée dans ma vessie via mon abdomen, et reliée à la poche à urine.

C'est relativement impressionnant.

14h30

Ma tension est de 135/75.

J'apprends que ma perfusion ne contient que du glucose et un antibiotique. Sans anti-douleur, je n'ai pas mal. Tant mieux.

16 h

Je ressens un ballonnement et une légère douleur au bas ventre. Je sens la pression exercée par le stent sur les tissus de mon néo-vagin.

17 h

Deux infirmières m'aident à me lever de mon lit pour changer les draps.

J'ai toujours l'impression de peser 150 kg, mais me trouver debout me fait le plus grand bien, en dépit des chutes de tension.

Lorsque je me lève, une grande quantité d'urine part dans la poche via la sonde. Mon ballonnement et ma douleur disparaissent. On m'apporte une tisane. Je m'efforce de boire autant que possible pour échapper aux coliques néphrétiques auxquelles je suis, d'expérience, facilement exposée.

Lorsque je tousse, éternue ou ris, j'ai mal à l'entrejambes. Ce petit problème durera quelques jours.

17h15

Je reçois une visite de l'anesthésiste qui m'expose ses théories sur mes arrêts cardiaques, bien que rien ne soit encore très clair.

Après 6 heures d'opération environ, mon électrocardiogramme a changé de forme, indiquant une probable montée de potassium (car mon cœur et mes poumons sont sains). L'anesthésiste a immédiatement prélevé du sang dans mon bras gauche pour analyse.

L'arrêt cardiaque, de 3 secondes environ, est survenu à l'instant précis où le résultat de l'analyse est arrivé, indiquant un taux de potassium à 7.5 mmol/l (le niveau à risque se situe au-delà de 5, et le niveau de risque mortel se situe au-delà de 6).

Avec cette information, l'équipe de Frau Dr. Spehr a alors pu rétablir la situation aussitôt à l'aide de 7 massages cardiaques et d'une injection de calcium, glucose et insuline destinée à faire baisser le niveau de potassium. L'anesthésiste a par ailleurs procédé à un changement de produit anesthésiant (une substance beaucoup plus chère mais moins risquée) pour éloigner toute éventualité d'allergie.

Les théories de l'anesthésiste sur mon étrange montée de potassium sont les suivantes :

L'anesthésiste m'informe qu'un rapport écrit de l'opération me sera remis, ainsi qu'un document d'urgence ('emergency') à garder toujours sur moi en cas d'accident. D'après lui, ce problème de potassium ne devrait jamais se produire en situation quotidienne normale.

Demain, des analyses de sang complémentaires seront faites pour pister ce qui a pu se produire.

19h15

Pour la n-ième fois (où n est un nombre assez élevé :-) ), on me change la poche réfrigérante que j'ai entre les jambes.

22 h

Je dors depuis environ 30 minutes à 1 heure lorsqu'une douleur au bas ventre me réveille. Il s'agit d'une douleur non localisée, proche d'un mal de ventre, ou d'un mini-colique néphrétique.

J'appelle une infirmière.

22h15

L'infirmière m'apporte un anti-douleur en perfusion.

23 h

Ma douleur a disparu.

23h20

L'infirmière retire le flacon d'anti-douleur (vide) de la perfusion, vérifie mes pansements (tout est bon) et vide mon récipient à urine.

23h40

Il m'est impossible de dormir tant mes jambes sont engourdies. Ma position est des plus inconfortables. J'ai chaud.