Le témoignage de Marine (Sud-Ouest)

Dernière mise à jour faite le 11 août 2004


À la lecture des témoignages de toutes nos surs et de tous nos frères à travers le monde, je ressens d'une manière à la fois très aiguë et très personnelle cette montagne de souffrances qui a tant de mal à trouver un exutoire dans la vie courante ; à s'exprimer dans un monde où il est plus facile de stigmatiser que d'aimer et d'aider.

Ceux qui nous jugent sont-ils meilleurs que nous ? Je ne le crois pas. Je me souviens par contre des paroles du Christ : "Que celui qui n'a jamais péché lui lance la première pierre"... encore que je ne croie pas que le terme de péché s'applique à un trouble contre lequel on ne peut rien.

Dire "J'ai péché, mon Père, j'ai un cancer..." est-il plus déraisonnable que de dire "Je ne supporte plus ce corps d'homme car mon esprit me dit que je suis une femme. Je ne peux plus vivre ainsi" ?

La transsexualité (que je n'aime décidément pas ce mot !), disons la transidentité, a ceci de particulier qu'elle implique un cheminement long et difficile duquel la notion de plaisir est le plus souvent absente. C'est la plupart du temps quelque chose d'extrêmement difficile à accepter, par tous et à commencer par soi-même, et le refus d'admettre l'inévitable, la transition, peut conduire à de graves dépressions.

Ce trouble, souvent qualifié de 'malaise' par les psys, est en fait plus proche d'une véritable douleur, d'une déchirure de l'âme. Même s'il est difficile aux personnes 'extérieures' de comprendre ce que nous ressentons, elles peuvent toujours s'imaginer se réveiller un matin avec un corps du sexe opposé. Que feraient-elles alors ? Elles consulteraient des spécialistes, essaieraient de trouver une solution à cette situation invraisemblable afin de pouvoir récupérer leur corps véritable. Ainsi sommes-nous. Nous nous sommes éveillé(e)s au monde avec cette étrange certitude et nous ne faisons rien d'autre que chercher la meilleure solution pour y remédier.

Il n'est pas nécessaire de 'respecter' notre choix car aucun choix ne nous est offert ; nous avons seulement l'obligation d'avancer pour rectifier cette incompréhensible erreur matérielle de l'amère Nature. Les psys, qui en sont encore à tâtonner, appelleront ce trouble névrose, voire psychose, mais il n'existe, à l'heure actuelle, aucune autre issue qu'une transition pour y remédier.

Que les bonnes âmes si promptes à nous juger ne se trompent pas. Si la bonne fée Marjolaine m'avait tendu une pomme enchantée en me disant : "mange-la et ton problème disparaîtra", il est évident que je me serais précipitée pour m'en saisir et la manger. Ayant sans doute été oubliée par cette brave Marjolaine, il m'a donc fallu vivre avec ce problème... mais autant commencer par le début.

J'ai aujourd'hui 43 ans et je vis en France, dans cette belle et abondante province qu'est la Dordogne.

Mon enfance est plutôt heureuse au sein d'une famille un peu bohème : père artiste et dépressif chronique, mère énergique qui maintient le bateau à flot. N'ayant ni frère ni sur, juste une excellente grand-mère qui m'élève et s'efforce de modérer mon côté 'turbulent', mon monde est divisé en deux parties bien distinctes : un monde familial très féminin et un univers scolaire très masculin.

Pour ceux qui ne connaissent pas Robert J. Stoller, il était un psychiatre américain dont la lecture des travaux fut pour moi une véritable révélation... dommage que je n'en aie pas eu connaissance plus tôt. Que raconte-t'il d'autre que l'histoire de ma vie ?

- Mère dévalorisée lors de sa propre enfance, à qui l'on 'reproche' de ne pas avoir été un garçon,
- Trop de mère (et de grand-mère) et trop peu de père,
- Fusion ininterrompue avec une mère qui trouve son fils "beau", dont le regard se fond avec les "beaux yeux" de son enfant et qui incarne le modèle idéal,
- Père déprécié et incapable de rompre cette symbiose,
- Mère qui définit son enfant comme "mignon, délicat, adorable, créatif, charmant, aimable et attendrissant"...
- Installation d'un certain isolement causé par une féminisation...

Si j'ajoute à cela les nombreux médicaments que ma maman prit lors de sa grossesse (comme le Distilbène dont l'influence sur les troubles hormonaux n'est plus à démontrer - j'ai appris récemment que les cas de Distilbène sont classifiés aux USA comme étant une condition intersexuée), je comprends mieux ce qui m'est arrivé. En fait, je crois que, ceci s'ajoutant à cela, j'avais peu de chances d'y échapper.

Un des premiers souvenirs de ma petite enfance est celui d'un grand miroir qui trône dans un couloir de l'appartement. Quel âge puis-je avoir ? Six ans, peut-être sept ? Je suis nue et je m'observe, un peu comme au jeu des sept erreurs ; à l'époque, je crois que je ne connais pas vraiment la différence entre les petits garçons et les petites filles. Je regarde particulièrement mon entrejambes. Maman arrive et, me voyant ainsi, me demande si quelque chose m'embête. Je crois que c'est à ce moment-là que j'apprends à mentir car, si je sens que quelque chose ne va pas dans le reflet du miroir, je me ferais couper en morceaux plutôt que de l'avouer.

D'autres épisodes me reviennent également, étrangement précis, comme ce jour où, après avoir essayé quelques effets féminins maternels, je vais me planter devant mes parents avec une des perruques blondes de ma mère. Je me souviens encore des yeux stupéfaits de mes parents. La surprise passée, on me dit un peu sèchement d'enlever "ça ", mais l'histoire ne s'arrête pas là. Beaucoup, beaucoup plus tard, en fait il y a environ trois mois, j'ai rappelé cette anecdote à ma mère et elle s'en souvenait parfaitement. Elle m'a dit : "J'ai pensé à ce moment là : Quelle jolie fille il aurait fait".

Ce genre de souvenirs m'amène toujours des larmes aux yeux en songeant au gâchis de toutes ces années vécues et perdues dans le silence et la dissimulation. Combien d'enfants, actuellement dans ce cas, sont-ils condamnés à vivre ainsi, solitaires et malheureux ? Pourquoi ne peut-on parler à ses proches sans crainte d'être jugées et rejetées ? Mais peut-être était-ce, je veux le croire, une autre époque où ces choses-là "ne se faisaient pas".

Mauvaise élève, dissipée, je n'ai pourtant pas beaucoup de goût pour les jeux de garçons. Je traîne souvent avec une bande de petits chenapans et nous faisons mille bêtises bien éloignées de ces préoccupations. Parmi ces gamins, j'ai, sans forfanterie, le plus joli visage et j'entends souvent, avec un plaisir secret, des "mademoiselle" dans les magasins.

La beauté est à la fois une bénédiction et une malédiction. Bénédiction d'offrir à la vue de tous des traits harmonieux et malédiction de susciter des envies malsaines. J'ai à peine dix ans que, de toutes parts, je reçois des 'propositions' que je ne sais pas toujours refuser. C'est ainsi que j'échappe de justesse à un pédophile pour tomber dans des bras dont je ne me méfiais pas : ceux de mes camarades de classe.

Peu d'adultes pensent à cela mais la sexualité peut commencer très jeune. La plupart du temps, les parents voient leurs enfants bien mouchés, débarbouillés, aux allures sages et bien peignés, alors qu'ils ne connaissent en fait rien d'eux.

Jusqu'à quatorze ans, je vais dans une école religieuse de garçons et ma classe compte une bonne vingtaine d'élèves. C'est lors d'une projection de diapositives que tout commence vraiment ; là aussi, je m'en souviens comme si les événements s'étaient produits hier.

Il s'appelle Philippe M. et a mon âge. Pas très grand, des cheveux noirs, pas vraiment beau ni laid ; banal. C'est sa main que je sens sur ma jambe dans l'obscurité et j'en suis choquée. J'essaie de prévenir ma prof qui m'ordonne de me taire. Ce que je fais, très troublée et finissant par trouver que ce n'est pas si désagréable que ça. Il est mon premier amant. Puis, il y en a un deuxième et un troisième, toujours dans la même classe. C'est un jeu et j'y prends goût. C'est doux et amusant. Je n'ai pas onze ans.

Cela se poursuit pendant environ trois ans et au cours de cette période, les rapports inexpérimentés deviennent plus sérieux et commencent à me mettre mal à l'aise. Ces quelques garçons me voient comme un garçon et je prends, à ce moment-là, conscience de mon problème. À vrai dire, jusque-là, je n'ai pas vécu mal mon tourment d'identité ; c'est quelque chose qui se rappelle à moi de temps à autre et je rêve parfois, en rentrant mes organes génitaux dans mon bas ventre, que je deviens une fille. À l'époque, je pense que c'est 'mal' sans que quiconque ait pris la peine de me le dire ; c'est comme voler ou mentir, c'est 'sale'. Morale, morale, combien de vies as-tu détruites ?

Changement d'école où, vers 14 ans, pour la première fois, je vois des filles dans ma classe. Toujours Neuilly-sur-Seine, la banlieue chic de Paris, dans les années '70. Découverte curieuse de celles qui sont nées ainsi et auxquelles je veux tant ressembler. Ce cours privé rassemble des enfants de notables, de commerçants fortunés, d'hommes d'affaires ou d'ambassadeurs. Là encore, l'épisode que j'ai connu avec Philippe M. se reproduit lors d'un cours d'allemand ; à ceci près que je ne veux pas donner suite à cette aimable proposition. Je grandis et commence à savoir dire "non".

Les années passent rapidement et, alors que j'ai 16 ans, un homme vient s'asseoir à côté de moi, au cinéma, et tente 'd'occuper' ma solitude. Je cède et c'est à nouveau catastrophique. Si je m'étais sentie flattée d'avoir été remarquée et courtisée, je réalise, une fois chez lui, que les rapports physiques entre nos deux corps sont tout simplement impossibles. Lui aussi me voit comme un garçon et me traite comme un garçon, me demandant de le pénétrer. Comment, alors que mon inexpérience est encore grande, lui expliquer cela ? Il veut 'baiser' alors que je ne désire qu'être aimée malgré mon corps déficient. Je finis par partir. Je me sens sale et je décide de ne plus jamais recommencer.

Je tiens ma promesse pendant deux ans, jusqu'en 1979 où une rencontre par petite annonce me laisse toute aussi frustrée. Je renonce. Pendant onze ans, il n'y aura plus personne dans ma vie. J'essaie bien de me raisonner, de me dire qu'il faut 'rentrer dans le rang', fuir cette sexualité qui est sans issue, et je me demande si le moment de me marier et d'avoir des enfants n'est pas venu.

Je rencontre Emmanuelle, Servanne et les autres qui deviendront toutes... d'excellentes amies. Je ne veux pas les posséder mais être 'elles'. C'est, là aussi, sans issue. Que faire ? Pleurer ? Je pleure ; longtemps, beaucoup et en pure perte.

Ce mal qui me ronge gagne en puissance et la honte qui me submerge me pousse à garder le silence. Viennent des heures sombres où le dégoût de mon corps devient si violent que je suis envahie par des désirs de mutilation. J'essaie et je recule, effrayée. Chaque pulsion semble plus forte que la précédente et je commence à vraiment à me faire peur.

En 1990, il se passe quelque chose dont je ne suis vraiment pas fière. J'encadre un centre de vacances pour adolescents et je me découvre très proche de l'un d'entre eux ; il a seize ou dix-sept ans et il ne dissimule rien de son attirance pour moi. S'il ne se passe rien de répréhensible lors du séjour, il me recontacte peu de temps après et vient me voir. Le rapport, à nouveau catastrophique, que nous avons ce jour de juillet 1990 me laisse un profond dégoût de moi-même. Un mineur en plus ! Il faut que cette folie s'arrête !

Je consulte un psy parisien que je ne vois qu'une seule fois car je viens d'accepter une proposition d'emploi à Montréal. Une fois installée à Longueuil, sur la rive sud, je contacte l'Hôtel-Dieu de Montréal et je prends rendez-vous avec le chef du service d'endocrinologie. J'ai droit à une familiarité déplacée, alors que j'avais plutôt besoin de ménagements, et à des examens humiliants qui me laissent une impression très amère. Le sexologue que je vois parallèlement ne semble pas pressé d'avancer et retrouve par contre un peu d'énergie au moment des rituels 60$ de fin de séance. Là encore, je n'ose pas lui révéler l'ampleur de ma douleur et de mon désarroi. Je contacte une association de TS montréalaise et rencontre enfin des personnes qui me comprennent. Mon retour, provisoire, en France met un terme à l'ensemble de mes démarches.

Allers-retours entre la France et le Québec et mille travaux des deux côtés de l'Atlantique. Peu de temps pour penser à tout ça. Je commence à écrire et je m'aperçois que cela m'aide énormément à échapper à mon trouble. Cette partie de cache-cache durera jusqu'en 1999 ou, de retour en France, je refais mes bagages pour la Belgique. Entre-temps, mon père et ma grand-mère sont devenus des ombres au sein de l'éternité du Créateur. Je laisse, avec remords, ma mère dans notre campagne et déménage pour Bruxelles. Travail dans les nouvelles technologies ; stress et insécurité de l'emploi ; l'idéal pour faire ressurgir d'autres problèmes, ce qui ne manque pas d'arriver.

Un jour de la fin décembre 1999, à peu près au moment des deux grandes tempêtes qui ravagent la France, un poids extraordinaire s'appesantit sur mes épaules. Je suis seule et l'inutilité de ma vie m'apparaît comme une évidence. Aucune idée de suicide pourtant, seulement le sentiment d'une vie gâchée par la solitude que m'impose ce corps que je continue de haïr. Il faut que je fasse quelque chose. Un puissant désir de me débarrasser de cette chose stupide qui est plantée au bas de mon ventre et qui a, par moments, la fâcheuse habitude de me rappeler sa présence, me submerge.

Peur, tremblements et sang sont tout ce que je reçois lors de ces fêtes de Noël. Joyeux Noël, Marine, tu as un testicule en moins. Pour le deuxième, il faudra attendre encore un peu. Pour l'instant, tu es trop faible et il faut arrêter ce sang qui coule. Tu trouveras bien le courage de te recoudre et d'aller retravailler la semaine prochaine. Joyeux Noël.

Retour en France en 2001. Je commercialise divers documents photographiques et mes autres travaux informatiques me permettent tout juste de vivre. Je retrouve ma Dordogne et, si le choc de 1999 est encore présent à mon esprit, je sais désormais que ce mal ne me quittera jamais. Ma mère prend de l'âge et sa santé commence à m'inquiéter. J'écris, j'écris beaucoup pour tenter d'évacuer cet Himalaya de stress et de silence.

En 2002, ma maman subit diverses opérations, dont un lourd traitement pour un cancer du sein. Je continue d'écrire et de me plonger dans des travaux intellectuels ; je n'ai que quelques amis fidèles qui ne sont pas au courant de mon mal, personne n'est au courant.

Je viens de terminer deux livres et ma mère est à nouveau hospitalisée pour d'autres opérations. C'est la seule famille qui me reste. Les autres, cette glorieuse famille parisienne, est loin et c'est mieux ainsi. S'ils savaient ce que je suis, ça les amuserait certainement et puis, si le malheur des autres ne fait, paraît-il, pas son propre bonheur, il semblerait que ça y contribue. Je travaille souvent jusqu'à l'aube et je ne veux plus penser à rien.

Le 6 décembre 2003, je suis à nouveau seule chez moi. Depuis quelque temps, je me suis aperçue que ma tactique d'abrutissement par le travail fonctionne moins bien et que mon problème d'identité reprend de la force. Vers 1 ou 2 heures du matin, je prends un cutter...

Le deuxième testicule gît au fond d'une cuvette et je vois mon sang qui coule sans discontinuer. J'ai peur et je suis soulagée. Mais le sang coule trop, c'était moins terrible la première fois. J'y suis allée trop fort, j'en avais trop marre. Je n'aurais peut-être pas dû mais je sais qu'il fallait que je le fasse. Je me sens faible, je ne peux plus me lever et je tombe sur le sol. Je trouve quand même la force de me recoudre et je ne sais pas encore que ce simple geste me sauvera la vie en arrêtant l'hémorragie. Je passe par des périodes de semi-coma qui alternent avec des moments de grande lucidité. J'ai froid et le sol de la salle de bain est gluant du sang répandu sous moi. J'espère encore vaguement pouvoir récupérer quelques forces et dissimuler ce qui est arrivé. Utopie.

Je me traîne jusqu'au frigo pour boire car je ressens une soif comme je n'en ai jamais eue. Je suis si faible que je retombe dans un sommeil sans rêve. Et si j'allais mourir là, dans quelques minutes ou quelques heures ? Je m'en fous, à quoi bon vivre ainsi ? Je vomis encore et encore, je vomis ma vie.

Le heures passent et ma montre me dit que l'après-midi du samedi 6 décembre se termine, il y a plus de seize heures que je suis dans cet état. Il faut que je prenne une décision. Ou je reste ainsi et je disparais ou je demande de l'aide. Je pense à ma mère qui ne sait rien et qui ne comprendrait pas. Je mets dix bonnes minutes à atteindre le téléphone et je compose le 15 ; j'attends les secours. Je comprends, un peu tard, que j'avais besoin d'aide et que la plus grande connerie de ma vie aura été de me taire pendant toutes ces années.

Les lumières de l'ambulance du SAMU dansent devant mes yeux. Je suis allongée sur une civière. Le médecin et l'infirmière me répètent sans cesse de rester éveillée. Pas facile. J'ai prévenu ma mère qui a appelé un ami qui s'est occupé de guider le véhicule de secours. Je lui ai dit que je m'étais blessée accidentellement avec un couteau. Personne n'y croira mais tant pis. J'ai à nouveau honte mais j'y attache maintenant une importance très relative. Si le fait d'avoir cousu mon scrotum m'a sauvé la vie, je me retrouve maintenant avec un ballon de hand-ball entre les jambes. Je n'ai pas mal mais le contact avec l'extérieur avive encore ma sensation de froid. Je suis gelée.

Médecins et infirmières s'empressent autour de moi : j'ai perdu beaucoup de sang. On me questionne et je me mets à parler, je tente d'expliquer ce que j'ai tu pendant toutes ces années. J'ai fini de mentir ; dire qu'il aura été nécessaire d'en arriver là pour enfin pouvoir parler. Débile ! Maintenant je sais que si le regard des autres ne peut pas me donner la vie il peut me l'enlever. Ce n'était pas de ma dysphorie dont j'avais peur mais du regard que les autres pourraient poser sur moi, peur du ridicule.

Un psy vient me voir pendant cinq minutes ; je ne suis pas un cas intéressant. Je pleure encore et toujours en lui bredouillant ma vie passée. Je suis conduite dans une chambre et je m'endors avec une perfusion dans chaque bras.

Le chir n'a pas jugé utile de m'opérer et les poches de glace se succèdent. Ayant voulu sortir un peu trop tôt pour me rendre à un rendez-vous à Paris, je reviens avec une fièvre carabinée et un début d'infection. Retour à l'hôpital, opération et nouvelle convalescence jusqu'au début janvier. Encore de bonnes fêtes de fin d'année.

Aujourd'hui, le temps a passé et l'affreuse année 2003 s'éloigne. Je me sens bien et je ne regrette pas un instant mon geste. J'ai perdu plus de vingt kilos, pris alors que je m'empiffrais de nourriture pour tenter de pallier ma douleur. J'ai également vu plusieurs professionnels : psychiatres, endocrinologue et, très prochainement, deux chirurgiens. À tous, j'ai parlé ou je parlerai, sans mensonge, sans silence ; je leur ai déjà dit ce qu'a été ma vie et leur ai demandé d'enfin mettre mon corps en conformité avec mon âme ; qui est femme que je le veuille ou non. Mon traitement hormonal m'a apporté une paix intérieure supplémentaire et je peux à présent me contempler dans un miroir sans détourner le regard. Mon corps et mon visage se transforment rapidement et, la perte de poids aidant, je commence à me trouver tout à fait présentable. Pourquoi a-t-il fallu tant de temps et de peine pour en arriver là ?

En parlant avec Curtis, un ami qui a créé une association pour les intersexués, je souhaitais que ce type de trouble puisse être détecté et pris en charge très tôt. Pourquoi ne pas inclure dans les tests psychologiques destinés aux enfants des quotients de genre ? Un garçon qui se sent fille ou une fille qui se sent garçon ne méritent-ils pas d'être plus entouré(e)s et écouté(e)s que les personnes dites 'normales' et 'sans problème' ?

J'espère que tous ceux qui auront lu ma pauvre histoire comprendront qu'il est indispensable de dédramatiser, à tous les niveaux de la Société, les troubles du genre et de proposer des solutions humaines pour que de tels drames ne se produisent plus.

Nous sommes tous sur terre pour si peu de temps : à quoi bon le perdre en haine et en rejet ?

Une morale qui tue des hommes des femmes qui ne demandent qu'à vivre est une fausse morale. Que cessent les jugements et les rires et que vienne le temps de l'écoute et de l'amour.

Veillez sur vos enfants et apprenez à les connaître.

Je vous embrasse.

Marine.

 

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